Un pasteur luthérien écrivait au Président de la république...il y a un an
par Rédaction site

Nice, 26 Janvier 2010
Monsieur Nicolas Sarkozy Président de la République Française
Monsieur,
Je viens d’entendre vos paroles émouvantes et magnifiques sur la liberté de culte et la laïcité, prononcées par vous, à Notre-Dame de Lorette, ce 26 Janvier 2O1O, pour les obsèques d’un maréchal des Logis musulman. J’ai fait une partie de mon service militaire dans la Marine, à Bône, comme E.V.D.A., en 1955-56, et je suis sensible à un tel hommage. J’ai assisté pendant cette semaine du 18 au 25 Janvier, consacrée à la Prière Universelle pour l’Unité des Chrétiens, à de nombreux offices catholiques, orthodoxes, baptistes, Luthériens et Réformés. A Nice, notre groupe œcuménique compte une dizaine de communautés différentes et non moins fraternelles. J’appartiens à ce groupe depuis 1976 et je crois en être le plus ancien membre. Notre président actuel est Mgr Antonin Bianchi, délégué épiscopal à l’œcuménisme. Notre maire de Nice, le ministre Christian Estrosi, et les députés Mme Marlan- Militello et Eric Sciotti, président du Conseil Général connaissent bien notre groupe et assistent quelque- fois à nos manifestations religieuses. La communauté orthodoxe, qui compte des Russes, des Grecs, des Roumains, auxquels s’ajoutent des Arméniens, est très fidèle et très appréciée. Or, cette semaine, lors de la Cérémonie Générale, à Notre Dame de Nice,en présence de l’évêque catholique, Mgr Sankalé, une nouvelle est tombée, qui a rempli toute la nombreuse assistance d’une peine infinie, doublée de stupeur : la Justice vient de désapprouver les frères orthodoxes dans leur existence même. Cette communauté humble et remarquable, qui entretient avec amour et respect ses lieux saints, la plus belle cathédrale dans les frontières de l’Europe et de la France, se verrait démunie de la jouissance de ladite cathédrale suite aux démarches du gouvernement russe et du patriarcat de Moscou. Cette communauté qui, depuis les années 1920, avec courage s’est relevée de la tourmente révolutionnaire, a vécu l’exode dans une pauvreté extrême, qui a entretenu depuis 80 ans bâtiments et offices dévolus au culte orthodoxe, est menacée, sur le sol français, dans notre ville de Nice, d’être spoliée de son sanctuaire. Au mépris de tout sentiment chrétien, de toute considération juridique, de tout respect de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, de tout principe républicain de liberté de culte et de laïcité, chers au cœur de tous les français, au-delà des partis et des convictions religieuses, les chefs du gouvernement russe veulent mettre à mal l’existence même de cette église du Boulevard Tsarévitch de Nice . Cette église ne dépend pas du Patriarcat de Moscou mais du Patriarcat de Constantinople !
Je ne suis pas familier de certains aspects du Droit ; je n’ai pas lu en profondeur l’ensemble de la presse qui n’a pas montré d’ardeur particulière à défendre la cause des chrétiens de Nice, je n’ai pas voulu mener une quelconque enquête. Je suis pasteur luthérien depuis cinquante ans, respectueux de mon pays, fier d’avoir reçu les insignes de Chevalier des Arts et Lettres, étant graveur-médailleur à la Monnaie de Paris et chez Arthus-Bertrand. Je suis originaire du Pays de Montbéliard et par là sensible à ce qui touche à l’essence même de la foi et des traditions, c’est pourquoi je me permets cette requête : A la façon dont Voltaire vint plaider la cause des Sirven et des Calas auprès de Louis XV, je viens vous dire, Monsieur le Président, que mes frères orthodoxes vivent une situation de persécution, insupportable à tous égards. Ils n’ont plus que vous pour écouter leur cause, devant la Nation ;
Veuillez, Monsieur le Président, me pardonner mon audace et croire à mon plus profond respect.
Signé : Pierre Lovy
P.S. Il m’apparaît naturel de communiquer le double de cette lettre :
1-à Monsieur le ministre de l’Intérieur, Ministre des Cultes
2-à Monsieur le Député –Maire de Nice
3-à la Conférence des Evêques de France
4-aux représentants de l’Eglise Orthodoxe
5-aux autorités protestantes
Le manuscrit original de la lettre dans le document ci-dessous
